La route des Tommes 

 

Il n’existe pas de documents sur cette pratique ancestrale, à notre connaissance.

Seule, la tradition orale donne un éclairage sur les caravanes organisées par nos ancêtres entre les pays de Savoie et l’Italie.

Nous devons à la mémoire du Père Henri Debernard, curé de la paroisse de Saint Bon Courchevel de 1952 à 2004, l’histoire de ces montagnards, transmise en 1945 par le Curé Poccard de Bozel, alors âgé de 70 ans.

Alain Chardon, amoureux de nos montagnes et de leurs traditions, mit deux ans à monter le projet, après plusieurs reconnaissances par le col de Chavière et le col d’Aussois, avant de se lancer dans la traversée avec ses mulets, pour Turin.

Cette heureuse initiative réjouit, chaque année, les muletiers et leurs intendants, comme les habitants des pays traversés lorsqu’ils partagent la tomme et le vin, au son de l’accordéon  de «Jean Mi»  et des chants traditionnels.

Merci Alain !…

Appellation moderne, cette pratique dura un siècle environ, d’avant la révolution jusqu’aux années 1860-1870, après l’annexion de la Savoie à la France.

Ce commerce s’avérait nécessaire car le marché de Moutiers, ouvert aux montagnes de Belleville, Pesey,…n’était pas accessible à notre vallée en raison des limites administratives de l’époque, le Doron pour notre vallée.

A la fin de la campagne estivale, cent jours environs, les caravanes se constituaient pour aller vendre la grosse production de l’été de l’autre côté des Alpes. A l‘époque, il s’agissait essentiellement de la « grévir », patois d’une sorte de gruyère de 10 kg.

Il resterait l’automne à nos campagnards pour produire les fromages propres à leur consommation hivernale.

La Saint Michel, le 14 septembre, sonnait le départ et les caravanes se constituaient notamment à la Mouria, Champagny, Le Planay, Tincave. Après la bénédiction des hommes et des bêtes, elles gagnaient Pralognan et la montagne de « Montaimont » où le regroupement s’opérait.


Cinquante à soixante mulets s’élançaient pour quinze jours dans l’aventure. Il fallait  gagner la maurienne, par les cols de la Vanoise, puis le col du mont- cenis en amorce de la descente vers Suse et Turin, capitale des états de Savoie.

Véritable  expédition, les hommes redoutaient la neige de la Saint Michel au retour.

Deux marchands de fromages achetaient la totalité de la production, gage de qualité sans doute. Un à Turin, et un négociant nommé Rosa à Suse.

Ce négoce permettait de se procurer en retour les biens de la vie courante, non produits par l’organisation autarcique de nos montagnes.

Ainsi, nos belles paysannes se parèrent des étoffes et des colliers d’orient, et agrémentèrent nos mets de certaines épices comme le safran, en droite ligne du comptoir de Venise.

Les hommes trouvaient, quant à eux, les produits de taillanderie et de ferronnerie, faux, serpes, cisailles, marteaux, etc…

Le rattachement de la Savoie à la France, avec les voies de communication nouvelles créées, cols du Mont-Cenis  et du Saint Bernard, mit fin à ces années de cols…portage vers 1870.